Destination
Bamako (Mali) (12 juillet -13 aout)
Participation au Chantier Forum de la jeunesse africaine. (15 juillet
-5 août 2005)
Sur une proposition alléchante du CNCD (Centre National de Coopération au Dé- développement), une équipe de 13 personnes de 20 à 60 ans s’est mise à étudier le projet proposé .Celui de partager un camp « Chantier Forum » au Mali, pays répertorié comme étant le 2ème au monde le plus pauvre après le Niger.
Une première découverte assez décapante de l’Afrique pour
12 nouveaux inscrits au voyage !
Après bien des rencontres préparatoires et l’organisation de multiples
repas (Poupehan, Yvoir, Orgeo et Graide) pour récolter les 5000 € promis
pour la construction de classes, l’équipe dynamique, entreprenante et
soudée était prête à affronter une expédition
inconnue voire insécurisante selon les dires de nos hôtes.
.
Au départ de Zaventem le13 juillet, tout commençait fort !
A peine rentrés dans l’avion en retard de 3 heures, une voix criarde
d’appel au secours…
Un homme de race noire assis sur le dernier siège, pieds et poings liés,
attachés à son dossier. C’était un demandeur d’asile tchadien
refoulé vers son pays d’origine (via la Libye !)suppliant qu’on le délivre.
La réaction ne se fit pas attendre. Déjà quelques-uns du
groupe OMN avaient montré leur indignation en refusant de prendre place
au siège désigné malgré la police, les hôtesses
de l’air et une bonne partie des voyageurs indifférents ou même
hostiles à toute réaction.
C’est ainsi qu’après un long moment de contestation remarquée,
le détenu a pu quitter l’avion, hélas toujours pieds et points
liés, en sautillant. C’était une première victoire pour
l’équipe. Tant pis pour les gens pressés qui ont encore dû
patienter une heure en plus avant que l’avion ne décolle.
Et un coup de fil par Gsm à la ligue des droits de l’homme pour que celle-ci
prenne la relève.
Quelques membres de l’équipage et des passagers nous ont manifesté
leur sympathie.
Escale à Tripoli, Ouagadougou, et enfin atterrissage nocturne à
Bamako avec abandon de 3 des nôtres à Tripoli pour cause d’overbooking.
L’Afrique était là ! Notre expédition enregistrait déjà
quelques belles histoires marquantes.
Le papier se laisse écrire. La réalité peut être
tout autre.
Surprise déjà dans le bus qui nous conduit à notre premier
logement. 200 m parcourus stop. on a perdu le chauffeur. Où est-il passé
?
Logement improvisé en dernière minute.
Repas supprimé. Pluie avec son cortège de moustiques…C’était
Bamako pour 3 jours avant de rejoindre par piste Sanso à 280 Km. C’est
là que pendant 3 semaines allait se dérouler l’essentiel de notre
séjour : le Forum-Chantier.
Arrivée de nuit,fatigués, sous la pluie, après 8 heures de piste, dans un car peu étanche, répartition désorganisée dans les classes- dortoirs par 5 à 10 personnes, toute nationalité confondue, un petit repas à l’africaine allait déjà en désenchanter plus d’un.
Premier sommeil sous une moustiquaire bien nécessaire ponctué par les « hi-han » des ânes, les coassements des crapauds, et trop tôt perturbé par la voix du muezzin ou le cocorico de la basse-cour toute proche.
Premier matin pour se situer dans ce grand espace abrité par des arbres
.Repérages difficiles pour retrouver les copains, découvrir les
nouveaux visages de nos frères africains invisibles dans le noir.
« Il y eut un soir, il y eut un matin » qu’allait être le
premier jour ?
Dès 9 h, 1er briefing, comme il y en aura chaque matin avant de commencer
la journée. Distribution des tâches par groupe de 20 personnes
environ. Les absences seront souvent nombreuses justifiées par la fatigue,
la maladie ou…la paresse
Groupe 1 : assainissement de la place du village par souci d’éducation
des autochtones…Travail très contesté et d’ailleurs par la suite
supprimé.
Groupe 2 : assainissement du site de « l’internat », quelques 25 classes dans une étendue d’environ 2 ha. Nettoiement des sanitaires, des abords du réfectoire, et de toute la plaine. Les africains ne sont guère plus disciplinés que les belges…
Groupe 3 : Chantier. Construction de l’école.
Groupe 4 : Cuisine. Préparation des repas et service des tables.
Toutes ces activités se déroulant de 9h30 à 12h30.
Tous les après-midi, rassemblés dans la grande plaine de l’internat,
sous l’ombre d’un grand arbre, avait lieu le second volet du programme : le
forum conférences – discussions - échanges touchant des thèmes
de grande actualité : l’éducation scolaire, la scolarisation des
jeunes filles, le Sida, l’excision, l’environnement, le développement,
la corruption, la pauvreté, la question de la dette du Tiers-monde, les
rapports Nord-Sud,…
Ces débats furent toujours animés par des spécialistes
venant de la capitale Bamako.
Et en soirée, après le repas de 19h. temps libre .A quelques occasions,
animation souvent improvisée par des groupes folkloriques locaux.
Ambiance toujours très détendue et amicale favorisant des contacts
très riches avec des Sénégalais, Tchadiens, Togolais, Burkinabés,
Rwandais, Burundais, Ivoiriens, Camerounais, Ghanéens, …
Tout un brassage de population qui a permis biens des échanges à
tout niveau et a tissé des relations durables. Qui aujourd’hui encore
ne reçoit des coups de fil, des mails !
Quelle chance d’avoir pu partager ensemble dans une grande famille toutes nos
histoires personnelles !
Le choix de Senso, village de 800 habitants, n’était pas innocent comme lieu du forum. Plus qu’aucun autre, il allait favoriser le questionnement et interpeller.
Comment la pauvreté est-elle possible à 200 mètres de
l’exploitation d’une mine d’or dans un pays, 3ème producteur d’or au
monde, premier producteur de coton d’Afrique ?
Un village sans eau, sans électricité, sans dispensaire adapté,
sans infrastructure routière, sans maison en dur en face d’un site industriel
super moderne ?
Quelques chiffres suffisent pour éclairer les inégalités,
la disproportion, le contraste scandaleux.
A chaque tonne de minerai sorti du sol, 13 gr à 40 gr d’or précieusement
récolté et mis sous clef dans un espace gardé secret en
attente de l’arrivée d’un avion privé sur le site-même pour
être exporté.
En un mois, production de 2 à 3 tonnes d’or au prix de 8.000 à
10.000 €/ le kg.
Il suffit de faire un calcul tout simple…sans oublier les 000.
Que dire encore de la méthode utilisée pour l’extraction et la
purification de ce produit si précieux ? Peut-on imaginer les dégâts
?
A qui profite cet or dans un pays de misère ? Telle est la vraie question
qui a sous-tendu tous les débats ?
France, Canada, Afrique du Sud sont présents pour diriger les manœuvres.
Et en cadeau 20% de la production déclarée pour l’état
malien,sans aucun contrôle possible…
Comment, un jour, ne pas aboutir à une révolte lorsque les consciences
se réveilleront, la réflexion sera mûre ?
N’était-ce pas un peu le but du chantier forum : conscientisation, information,
sensibilisation ; l’école est un point essentiel dans l’apprentissage.
C’est pourquoi la construction d’une école était au programme
du séjour à Senso.
3 semaines dans ce cadre pour réfléchir, et comprendre l’origine de la misère, l’injustice sans scrupule des grosses sociétés internationales, le degré de corruption des gouvernants.
La période du tourisme nous a donné l’occasion de découvrir
le mode de vie d’une population très accueillante et souriante malgré
une situation de pauvreté, voire même de misère.
Comment décrire Bamako, la capitale où nous avons séjourné
quelques jours ? Ville désorganisée où l’opulence côtoie
la plus grande misère, parfois même insupportable ?
Comment réagir devant ce tableau désolant ?Une maman assise, portant péniblement sur ses bras 2 enfants affamés qui s’acharnent triturant ses seins asséchés pour survivre et cela à la sortie d’un restaurant pour riches européens. Une image insupportable qui appelle à la révolte dans un pays de l’or.
De telles images qui ont marqués plus d’un ne peuvent s’oublier et rester
sans réponse.
Plus que jamais le témoignage des participants doit atteindre le cœur
des personnes rencontrées dans nos pays riches.
Soucieux de travailler à un changement profond des mentalités,
nous ne pourrons que redire notre expérience dans la volonté d’une
prise de conscience nécessaire et un combat permanent pour le respect
de tous. En premier lieu, ce peuple africain qui nous a si bien accueillis.
Les noms de Mali, Bamako, Senso sont à jamais gravés dans nos
souvenirs.
Rentrés le 13 août fatigués, amaigris mais heureux de cette
expérience inoubliable, il fallait retrouver nos points de repère
abandonnés durant plus d un mois.
A chacun de raconter !
Impossible d’oublier.
Jean-Marie WILMOTTE Bellevaux, le 21 octobre 2005.
Un des 13 participants.